jeudi 4 février 2010

MIRAGE A 160 DANS UN VOYAGE ( nouvelle n 12 )

mirage au dessus des nuages sage




MIRAGE A 160 DANS UN VOYAGE


Voyager, c'est découvrir, apprécier une découverte qu'on gardera dans le profond du coeur telle une béatitude réconfortante. Je vous parle de cette sensation pour exprimer une certaine complaisance qui a , jusqu'à ce jour, donné à ma vie une richesse digne d'un partage inaltérable.
     L'autoroute n'a pas de fin... Nous roulons depuis ce matin de bonne heure et la fatigue rime avec l'heure tardive de cette belle et chaude journée. Nous décidons de bifurquer pour trouver un hôtel-restaurant où notre soif et notre appétit puissent se rassasier. Une petite route, sinueuse, devient la continuité de la sortie de cette pénible autoroute que nous venons de quitter. Elle permet de nous diriger vers un petit village du nom de ( HÉLOÏSE ).
qu'un poteau indicateur vient de nous révéler. L'écriture, à peine lisible, détermine une certaine pauvreté. Nous ne désespérons point et notre volonté, nous traînons l'appel d'une faim, qui ne refuse nulle  déception.
     La route engendre de nombreuses dépressions ce qui permet de profiter de la découverte de cette merveilleuse contrée, qui nous comble de sa beauté flatteuse. Je réveille nos deux filles qui somnolent sur la banquette arrière du véhicule.
     Leur maman est ravie de l'environnement qui nous enchante littéralement. On tente d'apercevoir le village qui, de temps à autre, disparaît à chaque descente pour réapparaître plus imposant au col suivant. Enfin, le clocher de l'église surgit grandeur nature à notre vue. Je peux lire l'heure qu'indique sa grande horloge : il est 21heure45. Nous entrons dans ce hameau qui vient d'apparaître comme une clairière au centre d'une foret dense en résineux. La sapinière nous guide pendant toute la longueur du chemin, en laissant passer les derniers rayons de soleil qui traversent les branches volumineuses. Une fraîcheur vient d'assécher notre transpiration qui , eut  collé pendant toute la journée nos vêtements à notre peau. Je me réjouis de l'écart que nous venons de faire en admirant la nature alentour. L'uniformité de notre ville n'a rien d'équivalent en ressemblance,  son agressivité aiguë dut a son architecture taillée en boite rectangulaire et son absence d'espaces verts sont les signes d'une certaine indigence.
    Le village, tant pavoisé, est a nos pieds. Une pancarte en bois , clouée sur  un sapin dénonce une inscription presque illisible. Avec peine je tente de déchiffrer, entre les herbes  folles et la peinture noire dépolie l' inscription du village ( HÉLOÏSE ).  A l'instar de la simplicité de cette rue principale, les maisons ont le même aspect. Je me rends compte que des chiffres sculptés sont incrustés au-dessus de chaque porte d'habitation. Sur le sol il n'y a pas un seul petit morceau de papier qui s'égare. Je porte mon attention sur la manière dont est conçue une de ces maisons pour constater que des pavés en pierres gris démarquent la cour, a cet instant notre voiture vibre de toute part ; le chat, couché sur la banquette arrière, est tout surpris car il fait un bond diabolique sur le siège avant, il nous effraie. Le cadran de la montre du tableau de bord indique 21heure55.
      Je tente de récolter quelques indications complémentaires sur les panneaux de cette rue mais j'ai du mal à trouver une simple publicité qui me révélerait la présence d'un éventuel hôtel. Ce vide d'information est étonnant, contraire à nos habitudes. Je préfère attirer mon attention sur la démarche de cette jeune femme et unique personne qui se déplace en direction d'une volumineuse maison, très différente des autres par sa surface en largeur et en hauteur. Une grande porte sculptée en chêne lui donne une allure insolite. Je laisse rouler ma voiture, librement, jusqu'au niveau de cette jeune personne pour pouvoir l'interpeller :
         - Bonsoir Mademoiselle, pouvez-vous me dire où je peux trouver un hôtel restaurant ouverts où nous pourrions manger ?
   Son gracieux visage me dévisage poliment avec un sourire aimable et amical qui traduit une sympathie réconfortante.
       - Vous vous trouvez devant l'hôtel restaurant, Monsieur, au numéro 160.
       - Je vous remercie grandement, Mademoiselle.
   Je gare ma voiture devant ce bâtiment. Avec beaucoup d'attention nous contrôlons la fermeture de toutes les portes de la voiture, sais ton jamais ? Les habitants de ce village pourraient nous dérober notre voiture car je n'ai rencontré aucune automobile jusqu'à présent...
    Nos oreilles enregistrent des sons musicaux qui nous entraînent vers une marche paroissiale... Naît alors une parodie qui nous mettait en confiance : Des applaudissements suivent en rythme notre démarche. Depuis l'entrée de cette grande salle, cette accompagnement nous fête allégoriquement ! L’accueil hospitalier envoûte notre fatigue qui disparaît . C'est un hommage réconfortant ! 
   Dans la minute qui suit arrive une personne, jeune, souriante et remplie de beaucoup de noblesse, qui nous sert de guide. Elle nous permet de prendre place auprès d'une table ronde au centre de cette immense salle. Une belle nappe brodée, parsemée de rose rouges, la recouvre. Des assiettes très blanches et des couverts en argent étincelant et ciselé se marient avec des verres en cristal. Mon attention redouble car elle ne veut pas se laisser distraire par cette bonté environnante. Les visages de tous ces gens n'ont pas l'expression d'un  l'âge avancé, ce qui me trouble profondément. Pourtant c'est avec une politesse divine et admirable que cette jeune personne nous y a accompagné. Quatre personnes viennent placer les chaises comme nous le désirons. L'hôtelier vient nous donner satisfaction en présentant son petit recueil de plats cuisinés. Notre envie ne rencontre aucune attente car chaque repas que nous choisissons est servi dans les cinq minutes qui suivent : Il est 22 heure 05. Je me dirige vers la sortie qui m'indique les toilettes. Je pousse la porte pour me retrouver dans une pièce carrelée de couleur blanche comme de la neige. Un e chaleur humide enveloppe ma peau et une odeur étourdissante réveille en moi l'instinct de la senteur des fleurs du printemps, je définis celle de la rose et du lilas, qui se laisse flatter par celle des bleuets et du muguet. Mes narines en sont rassasiées et mes pensées retrouvent le souvenir du jardin de mon enfance entretenu par mes parents. Je suis étourdi par ce mirage qui me précipite dans le passé !
   J'hésite sur le choix des portes qui se trouvent la,  comme devant une prime du a un jeux de hasard. Je m'appuie contre le battant de la porte à ma droite en regardant sur ma montre : 22 heure 10 . A ce moment-là, une vapeur blanche coupe mon regard du décor. Je suffoque et tente de retourner sur mes pas lorsque deux jeunes filles me prennent le bras pour me reconduire . Elles me dissent gentiment :
         - Monsieur, ce n'est pas encore l'heure où les hommes peuvent prendre leur douche !
  Je prends note de leur remarque et retourne à notre table dans le centre du restaurant. La comtoise m'indique 22 heure 15. Le repas vient d'être servi et je mange avec apparat et appétit. Ce sont les deux jeunes femmes de la douche qui nous servent. Leur vas et vient continuel n'arrête pas et à la fin du repas, elles nous demandent :
         - Avez vous eu suffisamment à manger ?
   Je ne sais que répondre et hoche de la tête en signe de satisfaction. Le confort et la présentation sont irréprochables, quant à la valeur dégustative du repas je ne rencontre que des prouesses du savoir faire du cuisinier. Avec un sourire amical , elles font des signes pour que ma moitié et les deux enfants les suivent jusqu'aux toilettes. C'est là qu'elles peuvent prendre leur douche. Je reste seul à la table avec , autour de moi, des hommes qui discutent entre eux et jouent aux cartes. Une fumée prend soudain possession de l'air environnant, avec surprise et impatience, je regarde de nouveau la comtoise : 22 heure 35 . Je me rends compte que le souper a été rapide. Dans mon esprit renaît une certaine fatigue qui fait baisser mes paupières, atténuer mon écoute et diminuer toute ma vigilance. Je laisse reposer ma tête sur la table pour sombrer dans une profonde somnolence. Je redeviens l'otage de ma fatigue. 
      Je me réveille en sursaut. Le temps a passé, autour de moi plus une seule personne, tout est vide de mouvement. La clarté de la lumière du jour surgit par toutes les ouvertures. Je tente de combler ma curiosité, qui vire à l'inquiétude. Cela provoque une profonde peur, je me dirige rapidement vers les toilettes, là où doivent se trouver mes enfants et leur maman... Je regarde ma montre et remarque que le verre de la monture manque et que les aiguilles sont au zénith. Se pourrait il qu'il soit midi ? En poussant le battant de la porte des toilettes je retrouve le même carrelage blanc mais une température froide et repoussante m'étourdit comme si une forte et terrible gifle venait de claquer sur mes deux joues. Je me dirige vers le battant de la douche, puis le pousse. Aucune vapeur blanche n'est à distinguer, ma peau reste sèche. Il règne ici une profonde et perverse solitude abolissant tout espoir. Cela me glace le sang et hérisse mes poils. Me voilà seul et impuissant, incapable de trouver une solution. Une odeur de pourriture plane, elle me repousse littéralement. Je reviens sur mes pas , à mon point de départ et de sommeil, la table. Un déclic se produit, enlevant le voile couvrant la zone d'ombre de mes pensées ; certainement que ma famille m'attend dans la voiture ? Guidé par cette idée, je me dirige vers la porte de la sortie. Elle n'a pas le moindre mal à s'ouvrir et une formidable lueur pénètre dans l'établissement. Elle est aveuglante et elle m'éblouit littéralement. Devant cette énorme porte je ne distingue aucune voiture qui ressemble à la notre ; seule présente a mes yeux, une carcasse de véhicule toute déformée. Je regarde le sol qui n'est fait que de vulgaire rocaille. Je scrute les maisons, qui ne sont plus que des rochers... Je m'avance vers cet amas de ferraille et là, une incroyable réalité me fait découvrir une horreur sans nom...  Je ne peux que me rendre compte que !
    Dans les journaux du lendemain, un article dans les faits divers raconte la mort d'une famille entière par accident, dû à la vitesse trop élevée du véhicule : le compteur est bloqué à 160 kilomètres à l'heure. Un seul corps est reconnaissable car il a été éjecté du véhicule, les trois autres sont calcinés...

                            JJM