lundi 14 décembre 2009

L'HOMME TRISTE ( poésie n 127 )

mirage au dessus des nuages sage

L 'HOMME TRISTE

Le trac sur son visage,
Dénoncent une faiblesse.
Dans ce regard transparent ,
Pas de file de soulagement.

Et  ses rides, profonds ,
Signe le manque de conviction.
L'espoir de cet être là,
Délaissé tout repère, de ci de la.

Est-ce un manque de soutien ,
Pour qu'il ne broie que du noir ?
Mes sentiments me troublent,
Devrais je le questionner ?

Mes pensées se dégrade,
Tel un hibou j'attends le soir ?
Que la nuit nous encadre ,
Et cacher notre désespoir.

Quel  fil ludique ,
Cultive notre faiblesse ?
Est-ce le mal être
Ou une simple conspiration ?

Est-ce l'avenir ,
Qui nous couvre de noir ?
Cet équilibre qui tient un fil ,
Celui de notre santé viril.

JJM











LE SORTILÈGE ( nouvelle 8)

mirage au dessus des nuages sage






LE SORTILÈGE


De la petite ville où j'ai vu le jour, je garde un souvenir que, jusqu'à maintenant, je n'ai jamais réussi à oublier : il s'est incrusté dans mes pensées.
     Construite dans une vallée, qui se trouve au début d'une vieille chaîne de montagnes. Ma ville est le chef-lieu de notre canton. Y vivent trois mille habitants, et s'y remarque une collégiale qui laisse s'élancer vers le ciel son clocher d'une hauteur hallucinante. Le son de ses cloches, aussi haut  placé, rappelle les ouvriers, les gardiens des vignes et des champs éparpillés aux alentours. Une rivière traverse notre commune en la divisant  ; pat temps d'orage, elle gonfle pour se transformer en un véritable torrent impétueux.
  Autour de la collégiale, une grande place de grès rouge, permet le rassemblement de plusieurs  personnes. Les jeunes se regroupent dans un endroit opposé à celui des personnes âgées. Nous ne laissons passer aucun jeu qui puisse nous divertir car, malgré la présence de ces vétérans, nous ne manquons pas de laisser libre cours à nos rires et nos cris perçants résonnent . Il fait chaud et la joie trouve dans nos coeurs une riche liberté qui devrait être digne de l'éternité ! La nature aime aussi ce partage de gaieté, elle l'exprime par les belles couleurs chatoyantes de la floraison. Sur les hauteurs , des vignes rendent le paysage rayonnant d'ordre et de clarté par la répartition perpendiculaire des rangées de ceps. Une route caillouteuse s'élance vers le haut du sommet, elle représente l'artère principale de ce véritable labyrinthe de petites propriétés qui forment une mosaïque dans les collines environnantes. Mes parents possèdent un petit arpent de vignes qui se trouve du coté droit de l'artère principale, elle jalonne la moitié du parcours  menant au sommet de la colline. Le soleil s'y complaît du matin au soir, ce qui donne à notre raisin une vigueur appréciable au goût et une profondeur sombre dans la couleur de sa robe. Une grande croix détermine l'endroit où s'étalent nos vignes, plantées entre des espaliers de pierre qui sont plus que centenaires. On y rencontre un grand rosier en fleurs rouge qui nous permet de composer de volumineux bouquets que nous apportons à l'église. Cette grande croix nous rappelle le souvenir de notre Dieu, que nous honorons à chaque passage par un signe de croix ou parfois même par une petite prière lorsque notre satisfaction nous donne lieu d'exprimer un remerciement quelconque.
   De ma chambre, qui se trouve sous le toit de notre habitation, je peux apercevoir ce chemin et même la croix car notre maison se situe en face de la collégiale et à l'intersection du croisement qui relie les chemins des vignes à la route principale de la ville .
  Ce mois de juin est étouffant, une chaleur torride insupportable règne. Ma mère et moi-même décidons de nous mettre en besogne seulement vers la fin de la journée, lorsque les gardiens des vignes ont terminé leur temps de travail. Cette décision est due au fait que la mauvaise herbe prolifère à toute vitesse. C'est avec peine que nous la déracinons. Je n'ai pas le coeur au travail car je préféré les jeux sur la place. En ce  moment , nous nous racontons des histoires imaginaires, certaines sont drôle et tout le monde en rit, mais pour d'autres nous en tirons une peur. Là, tout l'entourage montre une attention soutenue... Quant à moi, je me sens digne d'une véritable sagesse de flibustier car on ne peut deviner mes émotions. Le vagabondage de nos pensées perverses laisse montrer nos sentiments contradictoires envers l'église. Comme le diable nous tient tous en otage - d'après le sermon de notre curé - nous tentons de trouver l'âme solitaire qui le représente et qui se fait passer pour l'un de nos semblables. Pour que naisse notre pacte, nous fondons , nous les jeunes, une charte inviolable à toute tentation impure qui puisse faire venir le démon dans nos âme.
Cette promesse nous terrorise plus que tout. Pour que nous puissions remplir cette charte nous décidons d'éviter certaines personnes qui paraissent ressembler à la description de notre ennemi. Nos soupçons se dirigent vers le comportement ambivalent d'une vieille dame.
  Nous la distinguons par des faits qui semblent sans importances mais n'échappent pas à notre clairvoyance. Son comportement d'abord est la première chose attirant notre attention car pour se déplacer elle est obligée de prendre appui sur une canne en bois sculptée d'ornements bizarres... Voilà le premier indice qui conforte nos présomptions. Puis il y a encore ses habits noirs délavés qui dégagent une odeur de fauve ignorant la propreté. Son visage , serti de rides profondes, ne laisse transparaître qu'un sourire démoniaque. Son comportement agressif envers les enfants, ne la couronne pas de la moindre bonne action
car elle brandit sa canne dans leur direction au moindre chahut qu'ils tentent de faire autour d'elle. Elle leur lance des paroles que nous n'arrivons pas à comprendre. Ces réactions étranges renforcent nos doutes, qui se transforment bientôt en accusations. Notre jugement est bref et sans retour, il n'y a pas d'hésitation : nous tous la désignons comme étant une envoyée du démon.
   De puis notre sentence, nous ne la perdons plus de vue ; chacun d'entre nous découvre, par une observation supplémentaire, un fait qui aggrave son cas d'un surplus de torts. De mon coté je fais en sorte de pouvoir accumuler un maximum de renseignements qui la condamneront.

    Cette brève rencontre est pour moi un interlude accusateur par le fait que la vieille dame se trouvait à cet endroit, à une heure aussi tardive et pourquoi devant la croix ? Cela doit certainement être relatif à son comportement bizarre. Ce qui m'a choqué le plus c'est qu'elle a ignoré notre politesse. La pleine lune laisse distinguer sa clarté, elle nous guide vers notre habitation. Ce soir- là , je n'ai pas faim et n'ai qu'une hâte : aller retrouver mes compagnons de jeux qui s'amusent derrière la collégiale, à l'abri des regards parentaux. Mes explications ne rencontre nulle contradiction car tout l'ensemble du groupe décide d'attendre le retour de la vieille dame.
   Une bonne partie de la soirée est entamée. Nous ne sommes plus que quelques copains car le plus grand nombre d'entre nous a du rentrer, appelé par leurs parents. La vieille dame ne vient pas et nos jeux tardifs rappelle à l'ordre le restant du groupe. Moi-même je retourne dans ma chambre mais , je ne trouve pas le sommeil. Le fait que cette vieille dame ne revienne pas attire mon attention. Je me place à la lucarne de ma chambre qui me permet d'observer la route montant aux vignes ainsi que la place devant la collégiale. Je ne suis pas seul à veiller, de nombreuses chauve-souris effleurent ma chevelure, des chats expriment clairement leurs intentions sentimentales par des cris rauques désagréables, et des hiboux volent à travers la clarté de cette boule ronde qui éclaire le ciel sombre. Minuit vient de sonner, le suspect n'est pas revenu. Au deuxième son de cloche, je la vois , elle arrive titubante sur sa canne. Cela me trouble , de crainte, je me réfugie derrière le rideau de toile pour qu'elle ne prête pas attention à ma surveillance. Un trou providentiel me permet de continuer à l'observer discrètement. Je me rends compte qu'elle se dirige vers la grande porte voûtée de l'entrée principale de la collégiale. Sa démarche lente et instable ne trahit rien de ses intentions. Soudain elle s'arrête puis lève son bâton en direction de l'entrée de l'église pour crier quelques mots incompréhensible ; en continuant sa marche, elle s'arrête également devant la maison du maire où elle ramasse quelque chose. Je n'arrive pas à définir ce dont il s'agit... Elle presse le pas en direction de la boulangerie où, là aussi, elle se baisse pour ramasser quelque objet... Je continue de la suivre du regard, elle s'engage maintenant dans la ruelle du marchand de poissons. Je la perds de vue, le sommeil me gagne et je réponds à son appel. 
       Les rêves de mes nuits sont emplis de pensées lugubres et les journées qui suivent n'offrent plus de résistance aux doutes que je porte sur elle : elle représente l'image même du diable, ça c'est certain !

  Les jours qui suivent, aucune nouvelle rencontre n'a lieu devant la croix, à la bifurcation  de notre vigne. Au bout de presque quatre semaines, le jour de la pleine lune,  nous retrouvons cette vieille dame. Comme de coutume, à l'expression de notre politesse ne répond aucun écho, de toute façon elle ne nous prête la moindre attention ! Le soir , je prends le courage de retourner seul , en cachette, dans le plus grand silence, à la rencontre de la vieille dame.
Pour ne pas faire le moindre bruit, je dois laisser mes sabots à la maison, là aussi il faut que je les cache. Pour parvenir à l'endroit de rencontre, je grimpe pardessus les espaliers avec la plus grande attention pour ne pas faire bouger la moindre pierre. Arrivé à l'endroit tant décrit, je me cache derrière un espalier et, j'aperçois ses multiples gestes brusques, puis, entends des paroles saccadées, toujours incompréhensibles. Elle se met à creuser un trou avec sa canne, à une profondeur d'environ vingt centimètres,d'une longueur de cinquante centimètres sur dix de large. Elle en retire un petit coffre d'une résonance métallique, car il vient d'entrechoquer sa canne. A la clarté de la nuit , un reflet dénonce une certaine brillance, laissant s'échapper des éclats qui scintillent remarquablement...
  Elle ouvre le couvercle pour en retirer des petits bouts de papiers froissés en forme de boule, lesquels renferment des objets ! c'est à ce moment que mon comportement pusillanime reprend le dessus et efface tout mon courage ; j'arrête là mon observation. Je me dis que j'ai récolté assez de faits surprenants que je pourrai raconter dans ma prochaine histoire démoniaque derrière la collégiale devant tous mes copains.
  Dans l'ensemble , je suis très satisfait de mon aventure, en plus l'engouement de mes copains me comble d'une fierté qui me  rend serein. Toutes mes observations les ont impressionnés, je me suis imposé car moi seul peut témoigner de cela : Je parviendrai par le démasquer, ce maudit diable incarné dans cette personne âgée !
  Les semaines se déroulent, aucun fait majeur ne vient troubler notre train-train de vie commune. La lune redevient à nouveau pleinement ronde. Ses rayons départagent les faibles ombres qui traduisent la réalité en une forme dévoyée et le raisin devient prometteur par sa forme et sa quantité. Une chaleur intransigeante domine la nuit, je ne peux trouver le sommeil et prend, avec une particulière précaution, la direction de la croix. Mon déplacement ressemble à celui d'un félin qui entreprend une chasse. Je suis certain que la vieille dame s'y trouve ! Mes prévisions s'avèrent justes, elle occupe le même emplacement et fait le même rituel que la dernière fois... Je décide de m'attarder pour récolter plus d'information, pouvant m'instruire sur ses agissements. Après qu'elle a sorti la boîte métallique, elle y place de papier froissé puis y rajoute des crachats ! Cette action provoque un trouble dans mes pensées. Elle s'exprime dans un langage incompréhensible tout en refermant la boîte avec son couvercle. A ce moment même ^s'échappent une myriade de rayons que reflètent la lueur de la lune.
  Il  fait presque jour, les étoiles s'effacent petit à petit . Une fraîcheur matinale fait son apparition, cette rosée si vitale aux plantes, divulgue aux alentours leur parfum réconfortant Des vignes émane la senteur du raisin et les oiseaux commencent à chanter. La vieille dame rejette de la terre avec sa canne pardessus la boîte, puis place une énorme pierre pour la protéger d'éventuels curieux ?
  Je reste couché jusqu'à ce qu'elle disparaisse de mon champ de vision. Une demi-heure s'est écoulée. Je me relève avec des courbatures me donnant la même démarche que ma suspecte ! Je me dirige vers la croix puis me place devant l'énorme pierre qui me parait impossible à déplacer. La tentation est forte mais j'hésite car il y a plusieurs facteurs contrariants ! Le premier est que je  me trouve devant la croix et un vol nous n'y avons pas droit. Le second c'est que la peur me guide , cette découverte risque de m'attirer des ennuis Puis vient le troisième, bien plus concret : une incapacité musculaire ne me permet de déplacer ladite pierre, aussi lourde que le poids d'un énorme rocher
   Mes intentions prennent bientôt une tournure différente: la curiosité est la plus forte ! Comment une vieille femme aussi faible a-t-elle pu déplacer une aussi grosse pierre ? Mes actes engendrent une culpabilité certaine, je sais commettre une grave faute... Suis-je sous l'influence du diable ? Cette conclusion freine mon ardeur, je ne fais que repérer l'endroit avec l'entent ion de revenir un peu plus tard avec du renfort , cela partagera les responsabilités. Pour mieux repère l'emplacement, j'y rajoute une grosse pierre rouge, rare dans les alentours . Je me contente de faire une prière devant la croix car les premiers gardes des vignes arrivent pour faire leur surveillance .Je dois quitter rapidement ce maudit endroit !
  Chaque nouvelle journée suivante arrive avec des anomalies semblables a des malédictions. Je pense en connaître la raison car, je fais un rapprochement avec ce que je sais. Mes pensées se tournent vers les sermons de l'église, qui prédisent que le malheur est une punition envoyé par le mal ! Le mal justement , venons- en à cette définition défavorable ! Je me dis que peut être je suis le responsable de ce qui nous arrive...Ce mot responsable me dévoile ma culpabilité du fait que j'ai tenté de commettre une grave faute en voulant tenter d'enlever cette lourde pierre qui me paraissait collée au sol , ? Est-ce cela qui cause tous ces maléfices ?
   Dans les vignes, une myriade étourneaux vient picorer les grappes de raisons. Ces blessures font perdre toute saveur et valeur aux grappes. Pour les chasser, mes camarades et moi-même nous nous efforçons chaque jour de les en dissuader. Je m'arme d'un lance-pierres et tente d'en toucher certains pour leur faire peur et les éloigner. Mais nos multiples tentatives sont vaines ; devant leur acharnement, notre défense ne rime à pas grand-chose. Il y a encore cette chaleur torride ainsi que le manque d'eau qui conjuguent une sécheresse impitoyable, elle laisse de profondes cicatrices. Les feuilles des vignes s'enroulent sur elles même avec l'apparition de cloques rouges sur toute leur surface. Nous n'arrivons pas à trouver le juste contrepoids pour notre protection : le malheur est là. Cela est profondément incrusté dans la pensée de tout un chacun. Dans les vignes, plus un lièvre ne se laisse prendre dans les collets ! Les murs de rocaille se dégradent car l'herbe qui pousse entre les raccords se dessèche, certains paliers s'écroulent.
    Le malheur frappe à de nombreuses portes. Monsieur le maire est gravement malade ainsi que le curé de notre paroisse. Le boulanger est accablé par une fatigue indomptable aussi profonde que celle de notre poissonnier. Au marché l'on ne trouve que très peu de marchandise à acheter, la vie prend une tournure de friche et la pauvreté commence à se faire sentir. Il n'y a qu'un filet d'eau dans le torrent et les poissons se font rares ; le blé devient une denrée de forte valeur car de nombreux champs sont calcinés par la sécheresse. La vie elle-même apporte un sentiment d'insatisfaction permanente , des désaccords divers entre parents provoquent des affrontements. Cet état de choses incertain pèse lourdement sur nous, lésant notre avenir. Dans la collégiale, les flammes des cierges ne sont plus en nombre, non plus de décoration riche de fleurs devenu rare. La manne de prospérité n'est pour personne, elle s'est frayée un chemin dans une autre direction... Une phrase secondaire, où se cumule tous les malheurs, nous poursuit avec acharnement. Chaque soir je fais une pause près de la croix pour y faire une prière avec ma mère, mais rien n'y fait, pas même une amélioration pour la bonne suite.
  Les semaines s'écoulent lentement, difficilement. Je n'ai aucune intention de me détourner du droit chemin, la pierre rouge côtoie toujours la grosse grise, nulle intention révolutionnaire n'agite mes pensées, je reste sage comme l'image d'un vrai mage.
   Je regarde le ciel et remarque que la lune est sur le point de s'arrondir. Cette constatation me guide vers une intention qui consiste à prendre des dispositions pour découvrir la suite de l'histoire de la vieille femme qui, dans deux jours, va sûrement revenir sur les lieux de sa profanation. Toutes mes présomptions me laissent arriver à cette conclusion : tout ce qui nous arrive est signé par les intentions maudites de la représentante du démon ! La rage dans le coeur , ma vengeance imposante germe une action qui doit résoudre , même arrêter, toutes ces malédictions. C'est comme si j'occupais la place d'un juge qui tranche en considérant les données précédemment évoquées. Je décide fermement de retourner ce soir, avec un manche de pioche, près de ce lieu qu'elle nous a profané par  sa malédiction !
  La nuit est épaisse et le ciel sans étoile, je n'ai de ce fait pas le moindre témoin de mon action. Avec l'aide du manche en bois, que j'emploie comme levier sur la pierre rouge, je tente de déplacer le gros rocher gris. Mes intentions rencontrent une difficulté que j'espère secondaire car je ne peux la bouger d'un brin ; elle est comme collée au sol ! J'utilise toute ma force et même mon poids pour faire balance, sans aucun résultat probant. A un moment donné, les nuages laissent passer quelques rayons de lune. Un miracle étonnant se produit alors . L'énorme pierre se laisse déplacer avec une facilité déconcertante ; elle devient légère comme un oreiller rempli de plumes ! J'en reviens pas, mais d'où vient ce mystère ? C'est avec acharnement que je continue de creuser le sol. Je dois découvrir, trouver cette maudite boîte métallique dans laquelle doit certainement être enfermé le mystère de tous nos mauvais présages ? La terre se laisse dégager sans mal . Le manche heurte la boîte métallique qui produit un phénomène acoustique réconfortant mes pensées. Ma fureur trouve dans ce bruit une volonté ( divine ? ) pour persévérer dans mes recherches. Je ne me rends pas compte de l'acharnement que je déploie pour sortir cette caisse de son emplacement.
  A son contacte une froideur glace mes mains malgré la chaleur environnante ! Elle est légère et lourde à la fois. Je la pose sur la grande pierre grise puis j'ouvre le couvercle. A l'intérieur, je découvre des rangées de petits bouts de papiers enroulés en forme de cigarettes. Je défais l'un d'entre eux puis, stupéfaction profonde, j'y trouve des cheveux ! Ma curiosité n'est pas encore rassasiée, je découle tous les autres bouts de papiers pour étaler leur contenu de cheveux sur la pierre rouge.
   Mon inventaire dévoile des cheveux qui n'ont pas tous la même couleur ni de point commun. J'en vois des longs bruns, des noirs frisés, des gris cendré raides ou fripés et d'autres encore qui ressemble à la couleur or des blés à la moisson.
  Tout cet étalage recouvre la surface complète de la pierre rouge. La lune disparaît à nouveau, ses rayons ne provoquent le moindre rayonnement qui pourrait les éclairer. Subitement, une brise humide effleure mon visage. Mes cheveux se décoiffent, une mèche s'en échappe et les autres étalés sur la pierre rouge s'y mélangent en tombant à terre... Je reste stupéfait d'étonnement devant cette touffe de cheveux mélangée, je ressens un éblouissement à l'apparition de nouveaux rayons de la lune.Je suis comme hypnotisé devant tous ces cheveux. Je me donne un mal fou pour tenter de les enrouler de nouveau dans ces bouts de papiers qui ne correspondent plus. Je fais de mon mieux pour redonner forme à l'ordre précédent mais je ne pense pas avoir réussi le juste accord.
   Ma hâte , ma fébrilité et mon inquiétude troublent mon comportement. Ma curiosité n'a pas prévalu sur la sagesse, si précieuse, car maintenant je me rends compte que je viens de commettre une énorme faute. Je me dépêche de refermer le trou et remettre de l'ordre dans les environs, puis cours retrouver ma chambre. La nuit ne m'apporte pas le sommeil attendu.
  Le lendemain, mon visage dévoile une fatigue certaine car de profondes rides marque mon visage d'enfant.
   Le soir de la pleine lune, j'y retourne avec les plus grandes précautions, au croisement près de la croix. Je suis parti très tôt pour attendre avec impatience la vieille femme. Mon attente enfin est récompensée , elle arrive, titubante, à la croix. Elle commence son rituel incompréhensible puis utilise sa canne pour déplacer la grosse pierre ; La lune rayonne de plus belle. Elle poursuit sa besogne et déterre la boîte métallique qui transmet ses reflets aux rayons de la lune. Elle ouvre la boîte et là, elle remarque qu'elle a été forcée et que l'ensemble des bouts de papiers sont dans un désordre révolutionnaire.
   Ce constat transforme ses réactions car elle brandit la canne vers le ciel et crie à voix forte en direction de son témoin, la lune ! Mais son langage ne m'apporte rien d'instructif, ce n'est que mon regard et mes intuitions qui enregistrent les faits : Elle est furieuse. Je ressens une sorte de victoire qui se traduit par une immense joie. Mon coeur bat la chamade et mes réactions nerveuses produisent des tremblements dans tous mes membres. S' ensuit alors un comportement bizarre chez cette employée du démon car elle se met à faire des mouvements qui ne sont pas de son âge ! Elle se débarrasse de la boîte métallique en la jetant dans les ronces, puis elle cavale à toutes jambes en direction de la ville. Pour son âge , sa course sportive est extraordinaire ! Je m'exalte , glorifié par ma victoire et, après qu'elle a disparu je m'extirpe de ma cachette pour rejoindre la ville.
   Le lendemain se produit une transformation inhabituelle, je me lève tard, contrairement à mes habitudes. Sur le toit, le clapotis de la pluie chante allègrement une sérénade réconfortante. La rue brille à nouveau et les gens se réjouissent. Les becs des gouttières de la collégiale crachent de l'eau sur les pavés de la place pour remplir les rigoles qui partent dans la direction des ruisseaux, lesquels rejoignent les cours d'eau puis la rivière qui redevient un torrent tempétueux. Monsieur le maire se montre de nouveau ainsi que le curé qui tente de nettoyer les alentours de la paroisse. Le boucher a retrouvé sa bonne humeur et sa bonne santé, le boulanger exulte de joie avec le poissonnier qui retrouve sa clientèle d'antan. Le réconfort réchauffe nos coeurs et la bonne humeur règne en maître. Dans les vignes, les étourneaux ont disparu et l'herbe jaune reverdit...  Sous les toits, l'on se sent à l'abri, la température redevient clémente et le sommeil confortable. Les herbes folles attirent les lièvres et les moutons gonflent leur ventre. La vie saine reprend son équilibre parfait.
   Et la vieille femme, qu'est-elle devenu ? Elle a disparu, emportant avec elle toutes les malédictions et toutes mes condamnations.

JJM