lundi 5 janvier 2009

DESTIN ( nouvelle n 5 )

mirage au dessus des nuages sage



DESTIN


Mon esprit ce soir refuse la routine de mon comportement habituel.
IMGP0181 Je ressens la poussée d' une force qui vient droit de la profondeur de mon subconscient. Certain qu' il passe l' éponge sur mon passé et que mon deuil peut prendre fin , je me regarde dans le miroir de la salle de bains et trouve que ma laideur a disparu ainsi que cette affreuse cicatrice frontale que recouvre la longueur de mes beaux cheveux cendrées. Je me sens comme l' oiseau qui tente une évasion de sa cage , ou encore de son nid pour un second envol vers la vie. Pour moi c' est un renouveau que je tente , vu que ...
   je suis attiré par la fête qu' organise notre ville aux abords du lac. C' est une représentation annuelle qui a lieu depuis de nombreuses années à la période de la mi-août.La chaleur de la journée ne s' est pas dissipée et la présence de l' eau semble rafraîchir les alentours. A grand-peine je tente de trouver une place au milieu de ces gens que j ' estime à environ deux mille personnes:la moitié de la population de notre cité. Je repère un siège à l' autre extrémité de la scène car la difficulté de pouvoir se placer va de soi. Je m' installe à la dernière rangée de bancs, près d' une longue table en bois ? le spectacle est loin de mon regard mais , le son de la musique sonne clairement à mes oreilles car de volumineux haut-parleurs la transmettent jusque dans la forêt qui entoure la fête.
Je commande une bière, elle m' est servie très fraîche je dis même froide car de fines gouttelettes d' eau se froment sur la paroi du verre. Elle doit sortir d' un réfrigérateur. je me garde de la boire , le temps qu' elle devienne appréciable.
  A ce moment-là des souvenirs attristent mes pensées. Je revois ma défunte femme qui m' aurait averti sur le risque que je cours en buvant cette bière trop fraîche !
  Je tente d' oublier cette réminiscence pour diriger mon regard vers le podium , qui se trouve sur la petite île au centre du lac , là où va éclater dans peu de temps, un grand feu d' artifice.Cette attente m' emmène vers une perspective où le repli dans le rêve arrête le temps d' une façon involontaire. Je ne suis plus ici ! Je ne suis plus là ! Je suis dans un univers sans fin !
  Un doux murmure réveille ma rêverie , il me séduit dans la profondeur de mon coeur. C' est le charme d' une voix d' enfant qui me dit timidement :
  " Monsieur , êtes-vous seul ?"
  Ces belles paroles me ramènent brusquement sur terre. Je retrouve rapidement mes réactions.
  " Mais Elodie je ne suis pas seul, ce soir tu es avec moi ! "
  Je me tourne vers elle et remarque une réelle ressemblance avec le souvenir que j' ai  gardée de mon adorable fillette !
  D' une voix réfléchie elle me répond :
"- Monsieur je ne suis pas Elodie, je suis Élise ! "
  Bien entendu , ce n' est pas ma fille. Mais que m' arrive-t-il ?
" - Pardonne-moi mon enfant, car tu ressembles énormément à ma fille Elodie. Tu dois certainement avoir le même âge , huit ans n' est-ce pas ?
" -Bien sur Monsieur, vous devinez juste. "
  A ce moment un sourire apparaît sur le visage de la ravissante fillette. Je retrouve le charme qu' est l' expression du sourire d' un enfant, cette richesse que possède les parents à travers leurs enfants qu' ils adorent et qu' ils aiment.Je lui renvoie un sourire qui réveille des muscles restés endormis. Ils revivent et marquent une satisfaction digne d' une profonde joie. Pour le première fois, depuis fort longtemps, mon visage retrouve l' émoi de la vie et de l' amour pour autrui.
  Les tourments de la vie m' ont comblé de beaucoup de peines mais éprouver d' une manière aussi profonde un peu de joie, c' est récolter une abondance de bonheur, c' est le retour de sentiments qui expriment la vie et qui renaissent pour moi !
  "- Es-tu seul ?" me répète cette tendre voix.
  "- Bien sur que je suis seul, Élise.
  - tu sais Monsieur , ma maman aussi, elle est seule ! "
  Une émotion étreint mes pensées. Mon coeur bat la chamade. Je ne trouve pas le moindre mot pour lui répondre. Un pressentiment me redonne du courage, je ressens une compassion provoquée par la vibration de sa jolie voix d' enfant. Je retrouve l ' équilibre grâce à un visage expressif, sentimental. Je dois effacer mon passé, il le faut ! Il le faut ! Je reprends courage et regarde cette enfant. Je rencontre des yeux qui m' hypnotisent par leur clarté et leur beauté fascinantes ; ils me dominent avec le nacre qui entoure ces satellites bleutés, centrés d' un noir brillant d' espoir. C' est la sincérité même, ou peut-être est-ce le poids de cette conviction exacte qui consiste à rétablir l' équilibre du besoin d' amitié que l' on partage avec autrui !
" - Élise,où se trouve ta maman ? "
  Son petit index guide mon regard vers l' endroit où ma curiosité rencontre le visage de sa maman délaissée. Un profond pincement fait frémir mon coeur. Je sens que renaît la grâce d' exprimer une amitié envers cette personne qui me fait pitié. J' éprouve le désir profond de la rejoindre. Mais, que m' arrive f-il ? Je  viens d' acquérir un je ne sais quoi, venu de je ne sais où, une manne de partage qui inonde mon comportement. J' analyse qu' elle doit certainement renfermer un profond manque d' affection ? Le fait que moi , je viens d' accumuler une forte volonté de changement prouve que je me laisse guider par mon coeur !

  " - Élise, es-tu contente que j' accepte ta demande ?

- Si tu m' appelles Jean, je serais flatté. "
  La distance à parcourir demande une cinquantaine de pas. Je ne perds pas le nord et regarde droit devant moi. Le visage de cette maman délaissée devient visible. Sa ressemblance avec la fillette interpelle mon regard. Comme deux déesses, leur beauté m' émeut admirablement :
  "- Bonsoir Madame je viens de raccompagner votre fillette. "
  Son visage se tourne vers moi, puis vers celui de l' enfant. Une douce voix inonde mes oreilles :
  "- Étais tu perdue Élise, pour que ce Monsieur t' accompagne ?
  - non maman, j' ai demandé à Jean qu' il  me raccompagne vers toi.
  - tu es vraiment osée Élise, tu n' as pas manqué de politesse j' espère ?
  - Mais non maman j 'ai remarqué qu' il était seul, je lui ai demandé s' il voulait nous tenir compagnie e maman , depuis que papa se trouve avec les anges je me sens très seul...
  - Mais Élise on ne fait pas cela ! "
  témoin de la scène je reste un moment pensif sans pouvoir exprimer un seul mot. instinctivement, je veux défendre Élise et je prend la force de répondre :
  " - Madame , votre enfant n' est pas osée du tout, c' est avec une admirable politesse qu' elle m' a questionné ."
  Je me tourne vers Élise puis remarque la présence d' un petit ruissellement de larmes sur son visage :
  "- Pour  quelle raison pleures-tu ?
  - Je ne savais pas que ce que j' avais entrepris était impoli. "
  Il n' y a pas que la fillette qui est confuse car la maman aussi est bouleversée. Elle lui parle d' un ton ferme :
" Ne prends pas ce ton triste, Élise . Il risque de ! "
  Le visage de la maman s empourprer, un silence coupe nos relations. Je présume qu' elle a ressenti une certaine gêne. Mon coeur de scout m' entraîne vers une allocution pour rompre ce vide :
  " - Vous savez Madame je me trouve dans une situation similaire au drame que vous avez surmonté. C' est dans un accident de circulation que j' ai perdu ma fille Elodie qui aurait eu le même âge qu' élise et que ma ... ?"
  A ce moment, les premières explosions de fusées se répercutent et résonnent aux alentours bordés de grands et nombreux arbres. Des clartés multicolores illuminent le ciel. L' enfant éclate de joie et crie à pleine voix :
  " - Maman ! Maman ! comme il est beau celui-là, il est bleu, rouge et blanc en même temps ! Maman ! maman ! maman ! là ils montent très haut dans le ciel puis se transforme en une multitude de petites étoiles de toutes les couleurs ! "
  Les cris de l' enfant ne cessent d' exprimer son bonheur. L' ensemble de la foule se laisse aussi aller à sa joie par un brouhaha d' applaudissements :
  " - Jean , assieds-toi près de moi. "
  Je suis son ordre sans toutefois quitter le regard de sa mère :
  " - Jean elle s' appelle Viviane ma maman.
  - Merci Élise , je m' en souviendrai. "
  Je garde au fond de moi un respect doublé de timidité que m' inspire cette ravissante jeune femme.
  " - Viens Jean on se place de l' autre coté, avec maman, de cette façon on pourra admirer le feu d' artifice sans devoir tourner le dois. "
  Elle n' a pas tort cette enfant tourner le dos à une personne n' est pas poli du tout :
  " - Oui Élise , tu as raison . "
  Nous contournons la longue table , alors je tente de m' asseoir près de sa maman.
  Ma curiosité est choquée et hypnotisée par ??? Mais que vois- je... ?
  Une canne blanche, d' aveugle, est posée contre le banc. Mes pensées se heurtent à des suppositions qui détournent toute bonne intention. Et, si cette personne-là était non voyante ? Mais dans quelle aventure me suis-je fourré ? Quelle réaction dois-je avoir ??? Faut-ils les abandonner immédiatement sans leur donner une raison ? Faudrait-il les laisser pour compte, vu leur faiblesse humaine ? Une impitoyable lâcheté occupe l' ensemble de mes pensées." Jean te laisseras-tu embobiner par ton égoïsme ?"
  Mon regard quitte cette incongruité de canne pour se diriger dans la pénombre où se forment les étoiles du ciel, là où se situe l' événement du soir, le feu d' artifice :
" - Jean est-elle jolie ma maman ? "
  Mais quelle bavard cette enfant, que va-t-elle encore me poser comme question ? :
  " - Mais bien entendu qu' elle est belle ta maman ! "
  Plus fort que moi, j' exprime en toute sincérité la juste valeur de mes sentiments. Elle n' a vraiment pas tort de me le demander car je réalise effectivement qu' elle a beaucoup de charme , sa maman. Elle peut garder sa fierté car cette jeune et belle femme comble l' exigence de tous mes désirs.
  Les applaudissements font rage et, dans le ciel qui s' est chargé de nages, des éclairs vrombissent. L' orage est là, la fête n' ira pas jusqu' a sa fin. Les premières gouttes d' eau tombent. Elles marquent de petites auréoles sur la nappe en papier des longues tables. Le débit augmente rapidement, la pluie se change en un déversement continuel. Les auréoles s' agrandissent pour transformer la nappe en une pâte qui ressemble à du papier mâché. Une partie de la foule tente de trouver refuge tandis que d' autres personnes se sauvent rapidement dans un désordre indescriptible. C' est la panique, un véritable remue ménage qui bouleverse tout. Des trombes d' eau arrosent la foule. Les éclairs se multiplient et les vents soufflent à qui mieux-mieux. Tout est bousculé, renversé, voire même piétiné. D' une main ferme , je saisis la petite menotte libre d' Élise car l' autre tient fortement celle de sa maman.
Elle dit alors :
"- Maman , maman j' ai peur !
  - Reste toujours avec moi Élise, ensemble nous nous en sortirons. "
Je me permet de rajouter.
" -Oui, courons vers la voiture, unis, la main dans la main pour que nous ayons plus de chance. "
  Autour de nous,  le désordre est total. Les gens se ruent vers les sorties de la foret. C' est une vague de déferlement qui court vers un danger  imprévu. Suite à ce remue-ménage on risque de s' égarer. Cette désorganisation est le signe de la bêtise de ces êtres humains qui se permettent de dire qu' ils sont civilisés !
  "- Cachons-nous sous une table maman, elle nous protégera !
  - Monsieur Jean a raison, suivons ses recommandations Élise."
  La rué vers les points de sorties devient telle qu' ils se transforment en entonnoir. Le bruit du tonnerre couvre celui des personnes affolées. Un éclair se dirige vers les hauts arbres de la foret. Il coupe net, à sa base, un grand hêtre qui s' enflamme en basculant sur la foule. Dans le lac, de nombreuses vagues ondulent en creusant de profonds replis. Je serre Élise tout contre moi. Elle se blottit en tremblant de peur. Il n' y a pas qu' elle qui cherche un réconfort, Viviane, qui vient de tomber, tapote le sol pour parvenir jusqu' à moi.
"- Venez contre moi Viviane, je tacherai de vous protéger de mon mieux. "
  Elle n' écarte pas ma proposition et se laisse guider par ma main. Le fait de nous trouver à l' autre bout de la fête m' a permis de voir disparaître une grande partie de la foule. Je trouve refuge près de l' orchestre.
  "- Élise, es-tu rassurée avec moi ?
  - Oui je suis très contente que tu ne nous aies pas abandonnées. Reste avec nous et tu seras mon papa pour toujours "
  Dans notre abri de fortune, résonne les paroles d' une douce voix :
  " - Il n' y a pas que ma fille qui vient de trouver un appui, moi aussi je me sens protégée !
  - vous savez mes protégées, le fait de pouvoir vous venir en aide me redonne énormément de courage ! "
  Le tonnerre s' éloigne enfin et les tombes d' eau se sont transformées en gouttelettes. Nous pouvons sortir de notre abri et aller vers la foret n' épargnant pas nos pieds, qui s' enfoncent dans plusieurs flaques d' eau d' une profondeur de dix centimètres.
  " - Venez avec moi, j' ai ma voiture non loin d 'ici ! "
  Aucune objection de leur part, mes paroles ont leur juste valeur. Main dans la main, nous ne formons plus qu' un couple. Autour de nous les plus raisonnables quittent la fête. Il en sort d' un peu partout, certains s' étaient cachés sous le chapiteau même qui est réservé aux instruments de musique.
   Viviane toute ravie, dit d' un ton sympathique :
  " - Quelle chance que Monsieur Jean se trouvait avec nous ! Sans sa présence nous nous serions perdues, et rentrerions toute trempées. "
  Mon assistance leur a servi et pour moi je viens d' assumer pleinement une responsabilité au-dessus de ma timidité.  J4ai enfin retrouvé ce que je voulais effacer de ma vie, le contact avec d' autres personnes et surtout, surtout, le partage d' une amitié que l' on peut appeler amour, car ce besoin vient à nouveau de se réveiller dans le fond  de mon coeur.
  Depuis cette rencontre, nous nous sommes liés l' un à l' autre, Viviane et moi , sans jamais trouver une objection quelconque.
  Le destin prévoit une fin, je m' arrête là car... on ne sais jamais.

                                 JJM