dimanche 12 août 2007

LA ROSE NOIR ( nouvelle n 1 )


mirage au dessus des nuages sage









LA ROSE NOIRE


Le soleil au zénith proclame victoire en exprimant sa chaleur. Il fait trop chaud , l’atmosphère est lourde et la seule possibilité de rencontrer un peu de soulagement reste l'ombre que me procure le bâtiment . C'est dans cette zone de bienfaisance que je laisse aller mes pensées.
A mes pieds s'étale une surface goudronnée. Elle occupe presque tout le sol de ma cour, d'une largeur de quatre mètre. en face de moi, une autre cour, égale à la première. on y distingue une maison à deux étages semblable à celle que j'occupe mais en sens opposé. Le partage des cours se fait par un muret d'environ cinquante centimètre surmonté d'une clôture en fer plastifié d'un bon mètre de haut.
De mon coté, j'ai laissé une petite rangée de terre où je fais pousser une allée de rosiers de différentes couleurs. Quel enchantement
pour mes yeux que ce spectacle gracieux, du aux pétales de soie qui m'éblouissent de tendresse et de sagesse mythique ! J'aime leurs couleurs infinies, en parlant de roses, c'est de douceur qu'il s'agit. Ma passion n'a pas de limite, elle me donne beaucoup de satisfaction.
Les unes sont jaune moutarde et d'autres d'un rouge d'une effervescences digne de ma satisfaction. J'en possède d'autres sortes qui sont
d'un rose mitigé de fine traces rouges ou certaines d'un jaune aspergé de gouttes noires. D'autres encore virent à l'orange où filtre en
filigrane un rouge rosé. La Queen Elisabeth, fière de sa hauteur, prospère en toute beauté avec ses pédales qui la tapissent à volonté. Le fait de les décrire régale ma passion dont je suis fier à jamais. Elles rapportent des fruits et je les apprécie.
Pour bien me relaxer, mon postérieur prend assise sur une chaise que je fais basculer, sur les pieds arrière en adossant la surface de mon dos contre le mur de ma maison. De cette façon, mes deux pieds s'élèvent légèrement du sol. Je me laisse vivre selon l'écartement de mes pensées. Rien ne réveille le moindre bruit, rien n'a plus de défaut , en une immobile contemplation, je ressens un bien -être très confortable...
Puis, un timide chant d'oiseaux effleure mes oreilles. C'est ce couple de perruches en cage, situé au premier étage du bâtiment voisin, qui trouble le silence. Je regarde ma montre, elle m'indique 16 heures. Ma relaxation cesse, je reprends conscience ; c'est cette chaleur qui est responsable de ma divagation ! Puis , naît le son d'une jeune voix, elle produit en moi comme une effervescence. Je m'émerveille, enchanté, laissant place à une multitude de sentiments qui occupent mes rêves et mon étonnement:
Monsieur, Monsieur !,,
voilà un message que je capte avec son charmant et radieux présage. Mes yeux s'ouvrent, je regarde autour de moi, personne ne vient me flatter de son visage :
Monsieur, Monsieur.
Une nouvelle fois, cette mélodie enfantine caresse mon oreille:
Monsieur, Monsieur !
Mais où se trouve cet enfant qui me parle si poliment ?
Monsieur, Monsieur, c'est moi Rose !
Rose ? Mon attention décuple. Rose ? Le son de cette jolie voix enfantine guide mon attention vers les roses jaune moutarde. Inquiet, je ne peux m'empêcher de penser : Mes roses se mettent-elles à parler ? Il me semble que je m'égare dans un univers de fantaisie où
le rêve coopère avec la réalité :
Monsieur, Monsieur, venez vers moi, c'est Rose qui vous demande cela, approchez-vous de moi !
Je laisse basculer ma chaise sur ses quatre pieds, redresse ma colonne pour me soulever, essuie mon front car j'ai sué, puis place mes deux pieds sur le macadam. Ses supplications font de moi un objet qui se laisse guider. Le soleil émet une clarté rude qui frape le sol gris noir et mat d'où se répercute une chaleur ondulante sur toute sa surface. L'odeur du goudron nargue mes narines et mes pieds nus sont réticents à cette forte température que dégage le sol. Je me penche par-dessus les rosiers et reste ébloui par une perle noire, brillante de tout l'espoir du monde :
Merci Monsieur de vous être approché, je m'appelle Rose et j'aimerais bien vous parler !
Me parler? Mais pour quelle raison devrait-elle me parler? Je la regarde pour mieux la détailler et rencontre dans son regard cette expression qu'on appelle sympathie. Ses petits yeux ronds brillent comme des éclats de verre brun fumé, sa peau brune foncé brille suite aux gouttelettes de transpiration. Je découvre une jolie source de réconfort derrière ma rangée de rosiers ! Elle doit avoir ...
J'ai quatre ans, Monsieur, et la dame qui me garde me laissent jouer dans la cour mais il fait trop chaud, je préfère vous parler que de jouer !
Je ne lui demande rien, elle parle comme si je l'avais questionnée:
N'est-ce pas que vous aussi vous vous ennuyer ?
- Non je ne m'ennuie pas. Je rêve, je pense, je médite.
Je pense lui avoir tout dit mais elle a d'autres intentions:
Pour quelle raison, Monsieur , avez vous une tète sans cheveux ?
- C'est du au médicaments que je suis en train de consommer !
- Mais pour quelle raison restez vous à l'ombre ?
- Cela est du au faite que je manque de cheveux et que le soleil réchauffe trop mon cerveau !
Je ne me suis jamais autant exprimé avec une personne que je rencontre pour la première fois. Je sens une vague de liberté qui franchit un obstacle que seul, je n'aurais pu surmonter:
- Il est quelle heures, Monsieur ? Car à 16 heures, je dois prendre mon goûter.
- Il est quatre heures dix, tu peux y aller.
- Merci Monsieur, je reviens vite, restez dans la cour je veux encore vous parler.
Elle se faufile rapidement vers la porte cochère de son habitation. Je reprends ma place à l'ombre sur une chaise, que je bascule contre le mur de ma maison. Je reprends une fraîche méditation avec dans le coeur une sorte de satisfaction...
- Monsieur,Monsieur !

- Monsieur, Monsieur, la nurse ma brossé le dessus de mes mains fortement !

- Non Monsieur, elle a pris la brosse à crin de cheval et les a frottées si fort que je me suis mise à pleurer !
- Tu devais avoir de la saleté qui tenait bien !
- Non Monsieur, elle prétend qu'en frottant avec une brosse a crin de cheval elle réussira à me les rendre aussi blanches que la paume de ma main, elles ne ressembleront plus à celles de ma maman, je serai différente !
Cet exposé m'émeut, je ressens une profonde pitié. Je suis le témoin oculaire d'une injustice odieuse et je ne peux rendre moi-même justice.
Les journées suivantes je n'ai pas pu continuer le dialogue: Je n'ai plus revu cette Rose noire qui avait secoué ma solitude. Je n'ai gardée d'elle que son vrai visage, celui de la dignité de l'être humain, qui partage un peu de son amitié.

JJM


DIRECTION BELGIQUE


Direction la Belgique depuis Heidwiller
( Alsace ) en bateau. bonne vaçance a tous.

JJM